
Un amendement déposé le 17 octobre 2025 par les députés Erwan Balanant (MoDem), Frédéric Valletoux (Horizons) et Éric Martineau (MoDem) dans le cadre de l’examen du projet de loi de finances pour 2026, visait à instaurer un crédit d’impôt de 20 % pour les entreprises de création de contenu audio à la demande natif. Il a été rejeté en commission, mais de nouveau déposé en séance, cette fois par Erwan Balanant, Éric Martineau et Olivier Falorni (tous les trois MoDem). La discussion en séance s’est de nouveau terminée par un rejet.
Parmi les nombreux amendements suscités par le budget 2026 du gouvernement de Sébastien Lecornu, il en est un que l’on ne pensait pas voir (re)venir : le soutien aux podcasts natifs.
Concrètement, l’amendement n°I-CF1557 déposé proposait l’insertion d’un article 220 « octodecies » (dix-huitième section) au Code général des impôts. Ce dispositif permettrait aux entreprises de création de contenu audio à la demande natif, soumises à l’impôt sur les sociétés, de bénéficier d’un crédit d’impôt. L’amendement a été rejeté en commission. Il a ensuite été re-déposé, sous le numéro I-447, pour une discussion en séance à l’issue de laquelle il a été de nouveau rejeté.
ℹ️ Le crédit d’impôt est un avantage fiscal permettant de réduire directement le montant de l’impôt sur les sociétés à payer, qui peut être remboursable s’il excède l’impôt dû.
Le crédit d’impôt serait égal à 20 % du montant total des dépenses éligibles, calculé au titre de chaque exercice. Les entreprises devraient être établies en France et s’engager à respecter la législation sociale en vigueur.
Les dépenses pouvant être prises en compte dans l’assiette du crédit d’impôt comprendraient :
- Les rémunérations versées aux auteurs, ainsi que les charges sociales afférentes,
- Les salaires et charges sociales du personnel de réalisation et de production,
- Les dépenses de commercialisation des œuvres sur support numérique,
- Les dépenses liées à la création et à la gestion des contenus audiovisuels consacrés aux contenus audio numériques créés,
- Les frais de captation sonore, incluant la location de studios, la réalisation, l’arrangement, le mixage et le matriçage.
Les podcasts de rediffusions et les podcasts de marque seraient exclus
Afin d’assurer que l’aide profite spécifiquement à la création originale, le texte exclut explicitement du bénéfice du crédit d’impôt le contenu audio numérique de rediffusion de programmes radiophoniques, cinématographiques ou audiovisuels. Sont également exclus les contenus audio à la demande natifs réalisés par des marques commerciales à des fins commerciales : les podcasts de marque.
Ainsi, l’émission La Dernière (de Radio Nova) qui est régulièrement présente dans le haut du classement des podcasts, serait exclue du dispositif. Même chose concernant les spots audio publicitaires créés pour être insérés durant la diffusion d’un podcast (avant, pendant ou après : pre-roll, mid-roll et post-roll).
Plus subtile serait une situation comme celle de la fiction audio de la Compagnie Nationale des Commissaires aux Comptes (CNCC) : identifiée comme un podcast de marque, récompensée comme tel dans des cérémonies de marketing, elle ne contient pas nécessairement de message commercial de la part de la CNCC.
Serait également exclu du dispositif Hugo Décrypte, lui aussi régulièrement dans le haut du classement des podcasts ACPM, considéré comme un replay (rediffusion) de ses vidéos YouTube. Legend ne serait pas non plus concerné par le crédit d’impôt, comme la majorité des podcasts natifs disponibles en vidéo. Un casse-tête juridique potentiel que n’aborde pas l’amendement, en proposant une définition relativement large — voire abstraite — du podcast natif :
“Est considéré comme contenu audio à la demande natif tout contenu audio à la demande conçu spécifiquement pour une diffusion numérique.”
Plus généralement, le fait de décliner ce contenu en version vidéo, ou de le mettre à disposition sur une plateforme vidéo (comme YouTube) le rendrait-il inéligible au crédit d’impôt ? D’autre part, un podcast natif qui bénéficierait a posteriori d’une diffusion en radio (comme le fait par exemple Radio France) pourrait-il cumuler le double avantage du crédit d’impôt et de la diffusion radiophonique ? En toute logique, oui.
Ces questionnements rappellent l’enjeu, prioritaire, d’avoir une définition juridique claire de ce qu’est (ou n’est pas) un podcast. En l’absence de celle-ci, chaque tentative de création d’un dispositif de soutien se heurtera à des interprétations variables et des difficultés d’application.
Et le financement ?
Concernant l’impact budgétaire, l’amendement prévoit un coût annuel jugé « raisonnable » pour l’État, estimé entre 600 000 et 900 000 euros. La perte de recettes résultant de ce crédit d’impôt serait intégralement compensée par “la création d’une taxe additionnelle à l’accise sur les tabacs”. Pour simplifier, ce serait donc une nouvelle hausse du paquet de cigarettes qui financerait le soutien aux podcasts natifs. Original ? Pas forcément : la hausse de l’accise sur les produits du tabac apparaît régulièrement comme instrument fiscal dans les amendements budgétaires, surtout pour financer la Sécurité Sociale. Mais après tout le Podcast n’est-il pas un enjeu de santé publique pour lutter contre l’addiction aux écrans ?
Les députés terminent leur exposé en précisant que “L’amendement a été élaboré en collaboration étroite avec les Producteurs Indépendants Associés du podcast (PIA)” habituellement connu en tant que Syndicat des producteurs professionnels audio indépendants. Le nom de l’organisme a donc été légèrement revu. Et comme il n’est jamais bon de mettre en avant le lobbying lors des débats parlementaires, le mot « syndicat » semble avoir été mis de côté.
Comme un air de déjà-vu
Ce n’est pas la première fois que les podcasts débarquent dans les débats du budget gouvernemental sous la forme d’amendements. En novembre 2023, cinq députés LR avaient proposé une aide de 5 millions d’euros pour les podcasts. L’amendement d’alors visait à créer une ligne intitulée “Soutien à la création, à la production et à la diffusion du podcast” afin de débloquer des fonds pour créer un cadre juridique spécifique et soutenir les créations comme pour tout autre secteur culturel à part entière. Il s’agissait déjà des revendications du PIA. L’amendement n’avait pas été adopté. L’Histoire se répètera-t-elle ?

