L’Arcom, la mauvaise solution.

Ce texte est extrait de la newsletter Podmust. Les modifications ultérieures (ajouts) sont indiquées par un surlignage.

Le Monde a révélé l’info, Le Figaro l’a reprise, Télérama paraphrase : “Pour la première fois, un podcast a fait l’objet d’une saisine de l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom), qui l’a jugée recevable. L’instruction est en cours.”

Le podcast en question : 10 000 Pas, d’Ismaïl Ouslimani alias « Le Raptor ». Le Monde avait déjà enquêté dessus en vidéo (ainsi que sur Burger Ring d’Ugo Jil-Gimenez alias « Papacito »). Ce sont des « influenceurs masculinistes d’extrême-droite » (ça fait beaucoup de tares) qui tiennent des propos masculinistes d’extrême-droite, pas besoin de vous faire un dessin.

L’incitation à la haine, c’est jusqu’à 1 an de prison et 45000€ d’amende pour l’auteur du message directement. Il faut aussi préciser que si l’Arcom se déclare compétente pour réguler les podcasts masculinistes, alors elle le sera évidemment pour tous les types de podcasts.

Mais nous n’en sommes pas là. Pour le moment nous avons une saisine qui, si elle s’achève correctement sur la base du Digital Services Act (DSA), ira gentiment frapper à la porte de Deezer (le plus facile, c’est une plateforme française) pour exiger le retrait du contenu problématique, ce qui se fera sans doute très bien. Deezer pourrait même agir préventivement, si jamais les gens là-bas lisent les journaux. Et puis ensuite Spotify. Et puis Apple Podcasts. Là, ça risque d’être un peu plus compliqué et/ou long. Sans oublier que des dizaines de plateformes de podcasts à la modération inexistante ont peut-être référencé automatiquement 10 000 Pas. L’équivalent de l’Arcom dans chaque pays concerné devra agir, si une telle instance existe.

On apprend néanmoins que l’autorité a informé la justice de sa saisine, et qu’une procédure pénale est envisageable. C’est quand même mieux d’aller à la source. Mais c’est bien joli de laisser à l’Arcom le sale boulot opérationnel, cependant viser les plateformes de diffusion est loin d’être suffisant.

Car il reste un maillon de la chaîne qui n’est absolument pas traité par les articles : l’hébergeur du podcast, c’est-à-dire le service qui fournit le flux RSS. La suppression du flux par l’hébergeur entraînant automatiquement l’indisponibilité du contenu sur toutes les plateformes d’un coup, ce serait la solution la plus immédiate et efficace pour faire respecter une sanction. Mais rien n’est dit sur le rôle des hébergeurs dans cette affaire.

Ce que l’on constate en revanche c’est que « Le Raptor », tout aussi patriote qu’il se prétend, n’a pas choisi un hébergeur français (Ausha, Audiomeans, Podcloud…) : il a opté pour l’américain RSS.com (qui profite de la fiscalité bienveillante du Delaware). Et tout aussi curieusement, le podcast ne possède pas un seul flux RSS mais quatre : un pour chaque saison. Une technique bien pratique en cas de… par exemple… problème l’obligeant à supprimer un flux litigieux. Pas très serein notre influenceur…


Jean-Patrick
par Jean-Patrick
23.02.2026
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Note :
Cet article a fait l’objet d’une reprise dans le magazine Arrêt sur images.

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