La justice a prononcé cet été la liquidation judiciaire de la SAS CREATION INVESTMENTS, société mère de la plateforme de contenus audio Sybel lancée en 2018, tout en arrêtant simultanément son plan de cession en faveur de la CMI FRANCE. Cette acquisition, réalisée pour un prix symbolique de 10000€, permet de préserver l’activité de la plateforme et l’emploi de ses salariés, mais ne couvre qu’une infime partie de son passif colossal.
La rumeur qui courait depuis le mois de juin s’est révélée exacte : le groupe média CMI France s’intéressait bel et bien à la plateforme Sybel en grande difficulté depuis plusieurs années. En fait, CMI France était la seule structure à s’intéresser au dossier. Pas vraiment un hasard : Matthieu Viala, co-fondateur de Sybel, avait rejoint le conseil de surveillance de CMI France en avril dernier, faisant soudainement accélérer le destin de sa startup depuis l’ouverture de sa procédure de redressement judiciaire en avril 2024.
Une startup qui n’est jamais parvenue à une exploitation bénéficiaire depuis sa création : le chiffre d’affaires, après avoir atteint 706 955 € en 2022, a chuté de 42% en 2023 (à 407 230 €) et projetait encore une baisse de 27% en 2024 (297 543 €). En parallèle, les pertes d’exploitation étaient massives, et le passif déclaré en mars 2025 s’élevait à un montant impressionnant de plus de 5 millions de d’euros.
| Exercice | 31/12/2020 | 31/12/2021 | 31/12/2022 | 31/12/2023 | 31/12/2024 (Projet) |
|---|---|---|---|---|---|
| Chiffre d’affaires | 150 399€ | 518 779€ | 706 955€ | 407 230€ | 297 543€ |
| Variation du chiffre d’affaires (%) | N/A | +245% | +36% | -42% | -27% |
| Résultat d’exploitation | -2 680 521€ | -1 986 316€ | -1 832 485€ | -823 040€ | -245 555€ |
| Résultat net | -2 688 020€ | -1 669 938€ | -1 756 761€ | -1 118 006€ | -454 080€ |
Cinq millions d’euros, c’est justement la somme qu’avait levée Sybel en 2019 sous forme de dette (créances obligataires) et que l’on retrouve dans les documents de cession : ces créances représentent plus d’un tiers du passif total de la société. Une seconde levée de fonds était prévue en 2021 mais n’a jamais abouti.
Cet échec fait d’ailleurs partie des raisons avancées par la direction de Sybel pour expliquer ses difficultés financières, pointant également aussi la crise sanitaire du COVID-19 et l’absence d’aides et de subventions étatiques (ou du CNC). Ainsi, avant même l’ouverture de la procédure de redressement judiciaire, Sybel avait déjà initié une recherche d’investisseurs mais aucune lettre d’intention sérieuse n’avait été reçue.
CMI France à la rescousse
D’après les documents consultés, c’est in extremis à la date limite de dépôt des offres que celle de CMI France — la seule — est tombée. Elle a été jugée recevable et viable, issue d’un acteur “connu et sérieux du secteur de la presse“ voulant diversifier son offre de contenus, notamment sur l’audio et la vidéo. Effectivement CMI France est entré au capital de Louie Media (spécialisé dans les podcasts) fin 2022 à hauteur de 47%, et de Loopsider (spécialisé dans la vidéo) début 2023 à hauteur de 45%. Ces deux entités doivent se mettre au service des marques fortes du groupe que sont ELLE et Télé 7 Jours. Quant à Sybel, son intégration dans ce dispositif n’est pas encore connu et peut questionner, mais le prix de cession de la startup est véritablement une affaire : 10000€. Une somme jugée modique, mais la recevabilité de l’offre s’est jouée sur d’autres critères.
Trois emplois sauvés… sur trois
Sybel fonctionnait depuis plus d’un an avec trois personnes seulement : une directrice générale adjointe (Héloïse Choay) en CDI, et deux business developers en contrat d’apprentissage. L’un de ces contrats s’est terminé en juillet, l’autre se termine en mai 2026. CMI France a donc repris 100% des emplois — la conversion en pourcentage fait toujours son effet — avec la promesse de maintenir le CDI pendant 24 mois. Quant à Virginie Maire, co-fondatrice et présidente de Sybel, elle s’est vue proposer un CDD de 6 mois à mi-temps, rémunéré 46000€ bruts, pour accompagner la transition.
Des co-productions en cours de négociation
En plus des 10000€ pour reprendre Sybel sans ses dettes ni créances, CMI France ajoute 2638€ à son chèque total pour les droits de préemption des œuvres en coproduction, c’est-à-dire pour acquérir les parts des autres coproducteurs souhaitant se retirer et vendre leur participation. Voici la liste des podcasts concernés :
| Producteur | Nom de l’oeuvre (podcast) | Droits de préemption proposés |
|---|---|---|
| BLOOM PROD | Change les règles | 134 € |
| Paradiso | Chosen | 400 € |
| Leo Vision (Bad House) – Lagardere | Dominos S2 | 295 € |
| La Cremerie | Gaia 2222 S1 | 185 € |
| Taleming | L’aventure de Noël | 92 € |
| Blackship/ Showcast | La disparition de Stéphanie Maier | 363 € |
| Cristal Groupe | La princesse qui rêvait d’être une petite fille | 66 € |
| BLOOM PROD | La tablette magique | 171 € |
| Paradiso | Le Grêlé | 320 € |
| Blackship | Mes rituels bien-être | 72 € |
| BLOOM PROD | Mission neurosoft | 123 € |
| Binge Audio | Mon parrain, Black Panther | 236 € |
| Bababam | Noises S2 | 156 € |
| Longue distance édition (Cristal Groupe) | Viens on va faire un tour | 25 € |
| TOTAL | 2638 € | |
Précision : Paradiso a été placé en liquidation judiciaire en juillet 2024.
Pas de retour sur investissement avant 2028
CMI France prévoit d’investir de 195k€ en 2025 et couvrira un besoin de financement de 245k€ par des fonds propres. Optimiste, le groupe table sur une croissance significative pour atteindre 269k€ de revenus et 96k€ d’EBITDA (performance opérationnelle brute) en 2026, et 532k€ de revenus avec un EBITDA de 297k€ en 2028.
Aucun retour sur investissement n’est attendu avant cette date. Ce qui est très attendu en revanche : une transplantation réussie de Sybel au sein du groupe CMI France. Nul doute que le conseil de surveillance y (sur)veillera.

