Ce texte est extrait de la newsletter Podmust.
Ils Ă©taient arrivĂ©s un jour, comme ça. Ils avaient dĂ©barquĂ© sur le territoire du service public avec leurs rĂȘves et leurs espoirs. Comme ils nâĂ©taient pas de la maison mais quâil fallait quand mĂȘme leur faire une place, on les avait mis ici : dans une rubrique « podcasts venus dâailleurs ». Quelle drĂŽle dâexpression. Tout en bas de lâapplication. Dans un recoin de la plateforme. RangĂ©s pour ne pas dĂ©ranger. CâĂ©tait la façon de faire chez Radio France Terre dâAsile.
Venus dâailleurs donc, ils Ă©taient arrivĂ©s grĂące Ă un P.I.A : un passeur dâimmigrĂ©s de lâaudio. Contrairement Ă dâautres passeurs, celui-ci avait un bon fond. Il voulait aider. Il leur laissait leurs papiers. Les droits de passage Ă©taient inclus dans la cotisation annuelle. En fait, il voulait se faire bien voir.
Ăvidemment chez eux (en Ailleuristan) la situation, surtout Ă©conomique, nâĂ©tait pas terrible. Mais malgrĂ© les difficultĂ©s ils continuaient de faire bonne figure, avançant des chiffres flatteurs mais pas forcĂ©ment rĂ©munĂ©rateurs. Ils ne voulaient pas forcĂ©ment fuir, mais ils espĂ©raient quâavec leur arrivĂ©e dans la maison ronde on remarquerait mieux leurs compĂ©tences, et quâon leur confierait peut-ĂȘtre quelques petits contrats grĂące Ă Radio France Travail. Ils se voulaient rassurants envers leurs hĂŽtes, avec des messages remplis de bonne foi :
« Laissez-nous une chance, de plaire à votre audience ! »
« Nâayez pas peur, nous avons nos propres annonceurs ! »
Mais dans la maison les rĂ©actions avaient Ă©tĂ© partagĂ©es Ă leur arrivĂ©e : il y avait ceux qui saluaient la richesse culturelle apportĂ©e par ces nouveaux venus, la diversitĂ© voire mĂȘme⊠allez disons-le, un vent dâexotisme. Cela donnait carrĂ©ment envie Ă certains dâaller voir comment câest, ailleurs. Mais dâautres Ă©taient plus circonspects. « Avait-on vraiment besoin de les accueillir ? NâĂ©tions-nous pas dĂ©jĂ assez nombreux comme ça chez nous ? Dâabord ils sont une douzaine, mais combien vont les rejoindre ensuite ? » En effet lâannonce de lâarrivĂ©e des nouveaux venus mentionnait « une premiĂšre phase », et avec la dĂ©sinformation croissante certains jouaient sur la peur de la suite, un « grand remplacement de la grande matinale ».
Des employés reprochaient aussi à Radio France de faire diversion plutÎt que de gérer ses propres crises internes. Ils avaient ressorti un vieux slogan :
« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ! ».
En fait, secrĂštement, Ă lâextĂ©rieur comme Ă lâintĂ©rieur des murs Ă©pais de la maison ronde, câĂ©tait le mĂȘme phĂ©nomĂšne depuis des annĂ©es : chacun continuait de regarder de lâautre cĂŽtĂ©, en se demandant si lâherbe nâĂ©tait pas plus verte ailleurs.

