À l’occasion de la Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes, L'atelier des médias reçoit Adrien Vautier, qui exposait au Prix Bayeux Calvados-Normandie des correspondants de guerre. Le photojournaliste français indépendant revient sur quatre ans de reportages en Ukraine, l'absence de son ami Antoni Lallican tué par un drone russe, et l'importance de continuer de documenter ce conflit.
Chaque année, à Bayeux, une nouvelle stèle de marbre blanc est érigée au Mémorial des reporters. Y sont gravés les noms des journalistes tués durant l'année écoulée dans l'exercice de leur métier.
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Bonne lecture.
Le 8 octobre 2026, Thibaut Bruttin, directeur général de Reporters sans frontières (RSF), a rappelé le lourd tribut payé par la profession : « Il y a un vent mauvais qui souffle sur le journalisme, un vent mauvais qui souffle sur la liberté de la presse [...]. Les journalistes ne sont pas là pour faire la propagande des forces armées russes ou celle du Hamas. Ils sont là pour dire les faits, rien que les faits. [...] Cette déloyauté n'est pas une faute, c'est une exigence professionnelle. Et cette déloyauté a un prix : 56 noms. »
Parmi ces 56 noms figure celui du photojournaliste français Antoni Lallican, tué le 3 octobre 2025 dans le Donbass par un drone FPV russe. Présent à Bayeux pour exposer ses clichés sur les murs de la ville, son ami le plus proche, Adrien Vautier, 39 ans, continue de se rendre en Ukraine pour documenter le conflit qui se poursuit.
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À travers son exposition Si tu traverses l'hiver, Adrien Vautier présente 25 clichés issus de ses plus de quatre années d'immersion en Ukraine pour la presse, notamment pour le journal français Le Monde. Le photojournaliste français explique : « Je pense qu'il n'y a pas besoin de choquer les gens pour arriver à leur faire comprendre une situation. À contrario même, je pense qu'il est important de créer de l'empathie, et ce n'est pas avec des images ultra-sensationnelles qu'on peut arriver à raccrocher. »
Exposer ces images en grand format dans les rues d'une ville en paix permet aussi de lutter contre l'indifférence : « Pour moi, l'aboutissement d'un travail photographique doit être physique. [...] J'œuvre à ma façon pour que cette guerre, déterminante pour l'avenir de l'Europe, ne tombe pas dans l'oubli. »
Depuis le début de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie, le 25 février 2022, Adrien Vautier a vu le conflit se métamorphoser : « Le drone est devenu l'arme principale sur le front. C'est vraiment la nouvelle munition par excellence. [...] Ça a complètement bouleversé la guerre, mais aussi le travail des journalistes de terrain. »
C'est un drone FPV russe qui a coûté la vie à son ami Antoni Lallican. « On s'est connus sur le terrain, mais ça a été tout de suite un coup de foudre amical. [...] C'est le genre d'ami qu'on compte sur les doigts d'une main. [...] Je me raccroche à un souvenir qui est que la dernière fois où j'ai pu le prendre dans mes bras, j'ai pu lui dire que je l'aimais.»
Malgré le choc, Adrien Vautier continue de se rendre en Ukraine : « Le contrat, c'est de rentrer à la maison. [...] Mais c'est impossible pour moi d'envisager le fait d'arrêter de documenter ce qui s'y passe tant que ce ne sera pas terminé. »
Pour Adrien Vautier, la photographie constitue également une preuve indispensable face aux atrocités commises : « La documentation, quand on parle de crimes de guerre, c'est le début de la justice. [...] Il faut que ce soit documenté parce que si un jour justice est rendue, il ne faudra pas qu'on puisse les nier. »
Face à une guerre qu'il qualifie de « coloniale » et d'existentielle pour les Ukrainiens, Adrien Vautier rappelle l'impérieuse nécessité de conserver une rigueur journalistique, y compris sur les sujets délicats comme la mobilisation forcée ou la corruption : « Les journalistes ne sont pas là pour servir la soupe. [...] On est censé rapporter des faits. Si on est témoin de faits qui peuvent déranger, il faut en parler. [...] On n'est pas là pour faire plaisir aux gens. »
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