La nostalgie ⏪
Éditorial

La nostalgie ⏪

Ce texte est extrait de la newsletter Podmust.

Au départ j’allais écrire sur ce que j’ai vu : « 2026 is the new 2016 », une tendance (sur les réseaux sociaux) que je n’ai pas comprise. Heureusement après un épisode de podcast et un article j’avais cerné quelques éléments sur la psychologie de la nostalgie.

Ensuite je voulais écrire sur ce que j’ai lu : les Golden Globes, mais ça semblait déjà loin, ou encore cet éternel débat « podcasts et vidéo » qui reste une valeur sûre, mais devient lassant quand on ne renouvelle pas l’angle d’approche. 

Alors à force de commencer des phrases dans tous les sens et d’être incapable de choisir, m’est apparue l’évidence : écrire sur tout à la fois, et fusionner (exceptionnellement) la section « Lu et Vu » avec un édito. Un périlleux exercice d’équilibriste, ne tentez pas ça chez vous et laissez faire un professionnel du pavé. C’est parti.

Les Golden Globes (et la vidéo) n’ont pas compris les podcasts

Avec ce titre j’ai essayé de résumer les différents textes d’opinion parus depuis la cérémonie qui a récompensé le podcast d’Amy Poehler comme « meilleur podcast ». Amy Poehler est actrice, humoriste, scénariste, réalisatrice et productrice. Un pur produit hollywoodien, et dont le podcast a moins d’un an. Dans le New York Times, Abbie Ruzicka (qui elle travaille dans l’industrie du Podcast depuis 13 ans) exprime un avis largement partagé :

“Le déroulement des Golden Globes révèle une méconnaissance de ce que sont les podcasts et de leur importance. Le podcast n’est pas un genre ; c’est une industrie. Mélanger actualités, interviews, conversations avec des célébrités et monologues de développement personnel n’a pas beaucoup de sens.

Plus frappant encore est ce qui a manqué totalement dans les nominations : les podcasts narratifs, sans doute le segment le plus ambitieux du genre, ont été complètement absents. C’est pourtant le côté du podcast le plus étroitement lié à Hollywood, donnant naissance à des adaptations télévisuelles et cinématographiques comme «Homecoming», «Limetown», «Dr. Death» et «The Thing About Pam», tout en rivalisant directement avec les séries télévisées prestigieuses.”

Plus qu’un podcast ou une industrie, il semble bien que ce soit surtout une personne qui ait été récompensée.

Il n’en fallait pas plus pour que dans le Times (celui de Londres cette fois, suivez un peu) James Marriott déclare : Podcasts are dead — it’s all about video now. Pas besoin de traduire le titre. Comme tout le monde, le rédacteur trouve que les Golden Globes ont raté leur coup avec leur récompense adressée à un talk show filmé. Et se permet d’ironiser sur les contenus, le bougre :

“Peut-être qu’un jour il y aura un prix Nobel ou des Oscars du podcast. J’imagine déjà les catégories : meilleur bavardage insignifiant, meilleur monologue narcissique, meilleure désinformation.”

C’est vrai qu’écouter des inepties c’est souvent ennuyeux, mais alors écouter ET regarder des inepties… ça en dit long sur notre niveau d’exigence. Mais on peut nuancer les propos de James Marriott : pas besoin d’un Nobel ou d’un Oscar, les podcasts ont déjà les Ambies, qui viennent d’annoncer leurs nominations, et sont l’actuelle vraie référence.

Troisième couche : un article dans The i Paper (c’est encore à Londres) pour dénoncer les podcasts vidéo sous l’angle pas-très-nouveau des tâches ménagères : Stop trying to make me watch podcasts.

“Regarder des podcasts plutôt que de les écouter est devenu la norme. Comment suis-je censée faire mon ménage ? […]

Je passe l’aspirateur, les écouteurs sur les oreilles, et j’écoute le dernier épisode de Ride, un de mes podcasts préférés. Soudain, je m’arrête net.

« Si vous écoutez ça, vous ne comprendrez pas la blague », dit l’un des animateurs. Pardon ? « Si » j’écoute ? C’est un podcast, bien sûr que j’écoute. Et là, je comprends : ils supposent que je regarde.”

J’ai récemment expérimenté la même chose avec un néo-youtubeur (au départ c’était un podcasteur, donc je continuais de l’écouter) qui voulait montrer un graphique pour appuyer son propos. C’est incroyable cette volonté de vouloir absolument nous faire VOIR des choses, comme si on allait nous montrer la vérité. Alors qu’à l’ère de l’intelligence artificielle c’est justement l’inverse : les faux contenus visuels sont partout. Au moins les contenus audio, vrais ou pas, permettent encore d’exercer notre sens critique sur le message pur. De même ce texte n’a pas besoin d’être blindé d’images ou d’une version audio pour faire passer mon propos : c’est fait, c’est suffisant. Je fais appel à votre ressenti, vous serez en accord ou en désaccord avec moi.

Bref vous la sentez, la lassitude des chroniqueurs « historiques » ?

Haut les cœurs ! il faut voir la bonne nouvelle cachée derrière la mort annoncée du Podcast : grâce à la vidéo, on parle de moins en moins de « podcasts » et de plus en plus « d’émissions ». Cela laisse une place pour imaginer de futurs contenus. Des contenus intelligents, des contenus qui seraient dédiés au temps long, aux messages, à la narration. Des contenus qui seraient uniquement audio pour éviter la distraction et l’abrutissement : et si on appelait ces futurs contenus « des podcasts » ? Vivement la nostalgie.

Alors quand elle (la nostalgie) nous envahit, repensons à ce grand philosophe sous-estimé de l’épicurisme, l’indispensable Winnie L’Ourson :

« Hier, quand aujourd’hui c’était demain, ça faisait trop de jours pour moi ».

Car si en 2026 vous repensez avec nostalgie à 2016, alors ça sera comment en 2036 quand vous regretterez maintenant ?


Jean-Patrick
par Jean-Patrick
24.01.2026
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