Des vidéos de youtubeurs se retrouvent sur Spotify sans autorisation, par l’intermédiaire de fans qui utilisent la fonctionnalité de podcasts vidéo. Et bénéficient d’une modération qui laisse encore à désirer.
Spotify a un problème avec YouTube. YouTube a un problème avec Spotify. Et ça n’est pas prêt de s’arrêter puisque YouTube et Spotify se sont lancés dans la bataille des « podcasts vidéo » : chacune des deux plateformes voudrait bien devenir le seul point de rendez-vous pour les contenus “où l’on voit des gens parler dans des micros”, comme le veut la définition pragmatique d’un podcast vidéo.
Il s’agit d’une situation classique de lutte entre deux adversaires pour la conquête d’un territoire. Le principe est simple : chaque compétiteur doit gagner du terrain chez le concurrent sans en perdre de son côté. Ainsi, concernant la guerre Spotify-YouTube, cela donne : chaque plateforme tente d’attirer des créateurs de contenus (vidéo) chez elle et d’éviter que ses créateurs actuels ne partent en face.
Sauf que Spotify a un souci de taille : il débarque dans le monde de la vidéo. Après plus d’une décennie à être une plateforme de streaming musical, puis de streaming audio, la voici prête à modifier son ADN. Avant 2024 personne n’associait Spotify à de la vidéo, et pour le dire encore plus crûment : les créateurs de contenus vidéo sont appelés « Youtubeurs » depuis des années, et cela est suffisamment évocateur de la domination de YouTube sur le format.
Mais Spotify a désormais un autre souci : un podcast nommé vidéos youtube est actuellement en train de faire sa place dans son classement France, lentement mais sûrement.

Comme le nom du podcast l’indique si bien : il reposte tout simplement des vidéos YouTube sur Spotify (en tant que podcast vidéo). Concrètement, la personne à la manœuvre derrière le podcast télécharge les fichiers depuis YouTube, puis les uploade sur Spotify, et hop.
On ne sait pas grand-chose sur ce podcasteur amateur à part son goût pour le créateur Inoxtag qu’il utilise comme vignette, ou le fait qu’il est actif surtout le weekend : 9 vidéos repostées uniquement le samedi 3 mai, et encore 6 le lendemain. Comme il le précise, il ne possède pas les droits des vidéos et s’engage à les supprimer sur simple demande des créateurs originaux qui doivent lui “faire savoir en commentaire”. Encore faut-il que les créateurs en question aient un profil Spotify (qui ne soit pas une copie)…

vidéos youtube propose ainsi les créations YouTube de Squeezie, Unchained, GMK, Amixem, Michou et d’autres youtubeurs de premier plan… Avec un bouche-à-oreille et une découvrabilité (grâce à l’algorithme de Spotify) qui fonctionnent à pleins tubes, le podcast gagne en audience, détournant au passage celle de YouTube, celle des créateurs, sans parler de leur monétisation.
En effet, qu’il s’agisse de publicité programmatique (spots de pub insérés dynamiquement pendant le contenu) ou de host-read (annonces publicitaires lues par le créateur original) tout est détourné. Et plus le podcast gagne en visibilité avec le bouche-à-oreille, donc en audience, donc encore plus en visibilité avec les algorithmes, donc en audience… plus il y a de revenus publicitaires qui échappent à YouTube et aux youtubeurs.
Cet article sera sans doute obsolète rapidement (il n’y a que Spotify qui pourrait éventuellement profiter de la situation actuelle en gagnant quelques revenus publicitaires) mais l’anecdote restera, ainsi que ses enseignements :
- 🔴 Ce sont les utilisateurs qui font (et défont) les usages des plateformes, avec les moyens qui leur sont donnés, y compris quand les moyens servent à détourner les usages.
- 🔴 Le podcast vidéos youtube a forcément commencé par du bouche-à-oreille avant d’entrer dans le cercle vertueux de l’algorithme Spotify (on imagine mal l’algorithme pousser un contenu nommé « vidéos youtube » dès son lancement et sans aucune audience, à moins d’avoir été très mal développé).
- 🔴 Si un podcast comme vidéos youtube acquiert une forte audience sur Spotify c’est qu’il y a une demande pour ce genre de contenus.
Et quand il y a une demande facile à satisfaire, il y a une offre :

Dans un monde idéal, Spotify et YouTube auraient utilisé les mêmes protocoles techniques (par exemple, un système de fichiers RSS) avec les mêmes normes de calcul d’audience et les mêmes règles de monétisation, permettant aux créateurs de mettre facilement leurs contenus sur les deux plateformes simultanément, de comparer leur audience et leurs revenus sans avoir à choisir. Mieux : avec un système uniformisé, il serait beaucoup plus aisé pour les plateformes de détecter des copies de vidéos originales et donc d’agir très tôt en les supprimant avant qu’elles n’atteignent un public. Cela permettrait à Spotify de se concentrer sur ses autres problèmes de modération comme la présence de vidéos pornographiques proposées dans ses résultats de recherche, par exemple.
Bien sûr nous ne sommes pas dans un monde idéal et les créateurs de contenus — tout comme les utilisateurs — sont des pions que les plateformes manipulent à leur dessein pour avancer dans leur conquête de territoire. Et parfois, parmi les pions, se trouve un petit malin qui met en lumière les problèmes et permet de faire progresser les choses.

