Benoît Hamon : le podcast est « un supplément d’intelligence »

Et si… une expression largement utilisée en musique, en film, en littérature, mais aussi en podcast. Dernière production en date : celle de la journaliste indépendante et podcasteuse Camille Maestracci, et de Benoît Hamon, que l’on peut encore difficilement présenter autrement que par « homme politique », ancien ministre et candidat à l’élection présidentielle de 2017, désormais dirigeant de sa société de conseil (BH Horizons).

Le visuel du podcast fait écho à son titre : une porte ouverte vers la lumière, comme pour s’échapper de l’obscurité, pour « éclairer », pour imaginer voire… apporter des solutions. Et si… se présente comme « le podcast qui réfléchit aux idées positives pour mieux vivre demain ». C’est donc le cas dès le premier épisode, consacré aux écoles populaires au Danemark et à l’idée que l’on peut être en formation continue tout au long de sa vie.

Un podcast qui ne se veut pas politique. Et s’il l’était un peu quand même ? Entretien avec Camille Maestracci et Benoît Hamon.

D’où vient l’idée de ce podcast ?

Benoît Hamon : C’est une idée de Camille. Elle m’a envoyé un long texto. On s’est rencontré. Et ça a fonctionné très vite. L’idée d’engager l’avenir à partir de solutions positives, désirables, concrètes, dénuées de toute polémique m’a immédiatement séduit.

Camille Maestracci : Je voulais faire un podcast qui a du sens. Qui soit à la fois engagé, rigoureux et accessible. Et dans le même temps j’ai découvert le podcast anglais Reasons to be cheerful avec Ed Miliband qui mettait en avant des idées très novatrices dans un format convivial de discussion assez décontractée avec le journaliste Geoff Lloyd. Ça a été un déclic, je me suis dit « il faut qu’on fasse ça en France » ! Et assez naturellement j’ai pensé à Benoît Hamon.

Si tu fais ou faisais de la politique, tu restes et resteras un politicien.

Camille Maestracci

Les podcasts animés (ou co-animés) par des personnalités politiques, en exercice ou non, sont plutôt fréquents aux États-Unis par exemple. C’est beaucoup moins le cas en France. Pensez-vous que cela est du à une différence culturelle ou simplement à un retard, et que l’on peut s’attendre à de plus en plus de podcasts animés par des politiques en France ?

CM : Je pense que c’est une différence profondément culturelle. En France, on a beaucoup plus tendance à mettre les gens dans des cases. Si tu fais ou faisais de la politique, tu restes et resteras un politicien. Tu n’as aucune légitimité à faire autre chose. C’est le cas aussi pour les artistes qui veulent s’essayer à d’autres disciplines. C’est toujours mal accueilli, du moins au début. C’est dommage. Tout cela est beaucoup moins cloisonné dans la culture anglo-saxonne et dans ce sens là, je suis pour que l’on s’en inspire !

BH : Ce qui est sûr c’est que les politiques sortent rarement des figures imposées pour s’aventurer dans les figures libres qu’autorisent pourtant le foisonnement et la diversité des médias. Notre podcast n’est pas politique. Parce que je ne suis plus « actif » et que les solutions que nous explorons ne sont pas sorties d’un programme électoral.

Quand il s’agit du débat d’idées sur de sujets de société, qu’apporte le format podcast en termes de qualités que d’autres formats n’ont pas forcément (chaîne Youtube, livre ou essai, etc.) ?

BH : Le temps, le recul, l’absence de pression au buzz et à la petite phrase. Un supplément d’intelligence.

CM : Déjà, ce n’est pas du direct, et ça a le mérite de nous donner le temps de tourner notre langue sept fois dans la bouche avant de parler, ça nous permet de bien travailler et préparer les sujets, de se donner le temps de bien formuler notre pensée, et de refaire des prises si besoin. Ensuite, moi je viens de la radio, j’ai toujours travaillé l’audio, et c’est donc tout naturellement que je suis arrivée au podcast. Le côté chaleureux de la voix, le côté intimiste du podcast que tu écoutes seul et qui t’arrives directement dans les oreilles, tout ceci offre une liberté et des possibilités infinies par rapport à tous les autres formats.

Il y a des idées qui peuvent être transformées en politiques.

Benoît Hamon

On remarque une différence notable entre Et si… et la majorité des podcasts sociétaux : en fin d’épisode vous préconisez des mesures qui sont très politiques (par exemple une sixième semaine de congés payés éducatifs, dédiée à l’école populaire). Chaque préconisation s’appuie sur des travaux, témoignages, études ou analyses… cela pourrait être interprété comme un programme. Pourriez-vous envisager votre podcast comme un programme politique ? Que la gauche et l’écologie politique pourraient le reprendre ou s’en faire l’écho ?

BH : Il y a des idées qui peuvent être transformées en politiques. Je trouve cela bien. On a besoin de ces passerelles entre le « doux  monde » des idées et la « dure réalité ». Si des élus veulent piocher dans notre podcast des idées pour améliorer la vie des Français, qu’ils n’hésitent pas. C’est open source. Il n’y a aucun droit d’auteur.

Vous encouragez vos auditeurs et auditrices à réagir à vos épisodes mais sans forcément indiquer de moyens pour le faire. Comment voyez-vous la discussion et le débat avec celles et ceux qui voudraient vous répondre ?

BH : On va essayer de prolonger chaque épisode par des échanges plus directs avec nos auditeurs. Je suis absolument certain que beaucoup vont nous donner des idées de nouveaux épisodes.

CM : C’est vrai qu’on se lance tout juste et qu’il ne faut pas oublier qu’on n’est que deux derrière ce projet, c’est une production 100% indé, donc on n’a pas forcément pensé à tout encore ! Mais on va probablement ouvrir une boîte mail et un compte twitter/instagram dédié au podcast où l’on pourra à la fois échanger avec les auditeurs et poster du contenu supplémentaire. Et si le podcast marche bien, peut-être envisager des épisodes devant un public, avec un échange ensuite ?

Vous l’avez mentionné, Et si… s’inspire du podcast britannique Reasons to be cheerful. Quels sont les autres podcasts que vous écoutez régulièrement et que vous recommandez ?

BH : Les chemins de la philosophie d’Adèle Van Reeth, à bientôt de te revoir de Sophie Marie Larrouy, Crunch de Chrystelle Bonnet.

CM : C’est pas très original mais je suis une adepte des Couilles sur la Table de Victoire Tuaillon (avec qui j’étais à l’école de journalisme d’ailleurs !), j’aime beaucoup Dépêche d’Olivier Minot, mais aussi Washington d’ici, le podcast des radios francophones sur l’actualité aux Etats-Unis, Fenêtre sur Cour d’Arte Radio… Et mon coup de cœur de l’été c’est la série Mes 14 ans, du studio Paradiso, sur la découverte de la sexualité à l’adolescence, c’est hyper bien vu et hyper bien fait !

Et si… un podcast de Camille Maestracci et Benoît Hamon, disponible sur toutes les plateformes. Un épisode d’une trentaine de minutes chaque mois.

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par Jean-Patrick
16.09.2020
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