
La faune sauvage est généralement la grande oubliée des feux de forêts, alors que chaque incendie provoque une hécatombe, avec des répercussions pendant des années.
La saison des feux de forêt bat son plein dans l'hémisphère Nord. L’été et la sécheresse rendent les arbres hautement inflammables, et de l’Amérique du Nord à l’Europe, en passant par l’Afrique du Nord, c’est partout la même litanie de centaines ou de milliers d’hectares brûlés, parfois de victimes humaines. Mais on oublie les habitants de ces forêts : les animaux, brûlés vifs ou le plus souvent tués par les fumées.
« Il y a les animaux qui sont impactés directement par l'incendie et qui vont se faire prendre par les fumées, faire des malaises et du coup être brûlés, raconte Marine Laullon, la présidente de l'association Wany the Pooh (un jeu de mots avec le prénom de sa fille et Winny the Pooh, Winny l’ourson), qui intervient pour sauver les animaux après, voire pendant les incendies – les animaux sauvages et domestiques. Mais il y a aussi des morts entre 48 heures et 72 heures. On fait très attention à revérifier l'état des survivants qu'on a déjà découverts, on va dire "en bonne santé". On va les surveiller pendant trois jours parce qu'en fait ils peuvent faire des arrêts cardio-respiratoires ».
Le sacrifice maternel
Les incendies ont généralement lieu au plus mauvais moment, en été, après le printemps et la période de reproduction. Beaucoup d'animaux retrouvés morts sont des femelles ; quand l'instinct maternel est plus fort que tout, mais pas plus fort que les flammes. « On retrouve beaucoup d'orphelins mis en sécurité en dehors du feu et on retrouve la mère complètement brûlée à côté d'un autre petit vers le terrier, ou alors morte à côté d'eux, épuisée, un petit peu brûlée. Donc on voit qu'elle a fait des allers-retours et finalement, elle, elle est morte d'épuisement, de déshydratation et puis d’inhalation de fumée », poursuit Marine Laullon.
L’association Wany the Pooh sauve des animaux et parvient aussi à estimer le nombre d'animaux tués dans un incendie, grâce à ses centaines de bénévoles qui mènent un véritable travail de police scientifique, en ratissant le terrain, centimètre carré par centimètre carré. Cela à la recherche du moindre indice, comme « des petits éclats d'os parce qu'il y a des corps qui explosent et on se retrouve à devoir faire un puzzle pour savoir quel animal était présent et a été impacté par l'incendie », explique Marine Laullon : « Après, on retrouve aussi beaucoup de nids. Les oiseaux protègent leurs œufs et on retrouve des couples restés sur les œufs. Ils sont morts brûlés vifs et les œufs en dessous sont intacts ». Intacts, mais non viables évidemment.
Des millions de victimes
Lors d'un incendie l'an dernier à Narbonne, dans le sud de la France, avec 2 000 hectares brûlés, l'association a estimé à 10 millions le nombre d'animaux morts, en comptant les insectes. Mais le plus gros carnage animal, ce fut en Australie lors du mégafeu de 2019-2020, avec 3 milliards de victimes - cette fois sans compter les invertébrés.
Mais certains animaux arrivent à se protéger des flammes, à condition de ne pas faire comme le hérisson qui se met en boule face à une menace et se croit ainsi protégé. Des oiseaux, des grands mammifères, parviennent à fuir avant l'arrivée des flammes. D'autres espèces peuvent aussi s'enterrer. Les reptiles qui se déplacent lentement sont généralement très vulnérables face à l’arrivée des flammes.
Générations perdues
Mais on a parfois des bonnes surprises, comme lors du terrible incendie du massif des Maures, sur la Côte d'Azur, en 2021. Il y avait de grosses inquiétudes pour la tortue d’Hermann, une espèce endémique et menacée. Mais une fois l’incendie éteint, les sauveteurs ont compté 60 % de survivantes. « Les tortues ont pour habitude l'été de restreindre leur activité et de se cacher, de ne plus trop manger, ne plus trop boire parce qu'il y a plus de ressources à cette époque-là. Et elles ont pu se protéger du feu grâce à ça. Et c'est donc là-dedans qu'on les retrouve en majorité », nous expliquait pour la chronique « C’est dans ta nature » Sébastien Caron, le responsable scientifique du Soptom, un centre dédié à la protection des tortues.
Mais un incendie a des conséquences sur le long terme. Quand votre maison brûle, vous vous retrouvez à la rue. La forêt est la maison des animaux, et certaines espèces mettent des années à s'en remettre. Les survivants n'ont plus rien à manger. Un feu est comme une guerre mondiale : une génération perdue et des conséquences démographiques sur plusieurs générations. On peut éteindre un incendie en quelques jours, mais il faut souvent des années, parfois des décennies, pour qu'un écosystème se reconstruise.
Lire la suite

