Grand format : Les podcasts d’horreur
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Grand format : Les podcasts d’horreur

Audion et Podmust s’associent pour vous permettre d’explorer les transformations du paysage podcastique français. Même si l’ambiance d’Halloween n’était pas vraiment au rendez-vous cette année, nous avons enquêté sur les podcasts d’horreur et leur rapport particulier à la peur.

The sound of fear

Nous avons interrogé quatre podcasts francophones, qui chacun à leur manière cherchent à créer la peur chez leur audience, et sont suivis par de plus en plus d’auditeurs. Nous avons tenté de comprendre avec eux pourquoi le podcast est un format particulièrement adapté pour ce projet, d’autant plus que le son possède un pouvoir d’effroi incroyable. 

Cela a même été prouvé scientifiquement : peu importe votre courage ou votre capacité à regarder des films d’horreur sans sourciller, certains sons ont le pouvoir de vous faire sursauter de façon incontrôlable. Dans un Ted Talk, Dan Blumstein, professeur en biologie, est parti de l’observation des cris stridents de marmotte, pour tenter de définir “the sound of fear”, concluant que l’humain ne pouvait rester de marbre face aux sons particulièrement stridents (à haute fréquence) et irréguliers.

Une description sonore qui n’est pas sans rappeler la musique d’une des scènes les plus connus de l’Histoire du cinéma : la scène de la douche de Psychose. Pour l’anecdote, Alfred Hitchcock n’avait pas l’intention d’ajouter de la musique à cette scène, qui a demandé pas moins de sept jours de tournage pour horrifer tout en évitant scrupuleusement la censure de l’époque. Mais le lourd silence désiré par Hitchcock a été brisé par les coups d’archet stridents composés par Bernard Hermann, un son qui depuis reste à jamais gravé dans l’esprit des spectateurs.

Vous pouvez faire l’expérience chez vous : retrouvez la scène d’un film qui vous a terrifié et coupez le son. La scène paraîtra au mieux bien moins immersive, au pire complètement ridicule. Simplement en modifiant la musique, certains s’amusent même à transformer Shining en gentille comédie familiale, ou au contraire muter Madame Doubtfire en thriller psychologique effrayant. 

Ainsi, il existe des recettes pour fabriquer des sons qui font peur, un processus très intéressant. Pour ce qui est de la musique de film, il est très bien décrit dans cet article de France Musique. Et pour rester encore un peu dans le cadre du cinéma, Arte Radio a produit une série en plusieurs épisodes sur le son au cinéma, avec notamment un épisode passionnant sur la création des cris des monstres.

Ce qu’il y a de réconfortant dans la peur

Le son peut réellement nous effrayer et nous crisper inévitablement. C’est une sensation bien désagréable que chacun souhaitera éviter autant que possible. Cela tombe bien, puisque les podcasts d’horreur ont tendance à chercher à provoquer chez leur audience un autre type de peur. Avec le podcast, on peut se faire peur plus sereinement, confortablement installé chez soi, sans crainte de se faire prendre au piège ou d’être exposé à des images graphiques. Certains diront que cela enlève tout l’intérêt de l’horreur, d’autres trouveront leur compte dans cette recherche du frisson par le contexte et le storytelling, un effet que privilégient les podcasteurs que nous avons interrogé :

Distorsion s’écoute idéalement dans un climat calme et tranquille. Au casque en marchant la nuit, en transports en commun en sillonnant les quartiers malfamés de la ville, sous la couette avant de dormir ou encore sur le système de son de votre salon, un verre de whisky ou de vin rouge à la main, au son d’un feu de bois qui crépite.

Emile Gauthier, co-créateur du podcast Distorsion

Les québécois du podcast Distorsion (dans lequel ils racontent des mystères non résolus et des phénomènes étranges issus du Web) ont ici bien résumé la contradiction du podcast d’horreur, qui peut être tout aussi réconfortant qu’effrayant. “Les gens adorent se faire raconter des histoires étranges dans le creux de l’oreille pour créer une grande immersion. Cela contribue au caractère intime du podcast et de l’impression que l’on souhaite véhiculer aux auditeurs.” On ne cessera de le dire en parlant du podcast : c’est son pouvoir d’immersion qui fait sa force, qui décuple la capacité de l’audience à ressentir de l’empathie pour des témoignages ou à être terrifié par un conte.

Dans Le Noir

Pour le créateur du podcast Dans Le Noir, le manque de support visuel favorise même la transmission de ces émotions dans le cadre de l’horreur. “Contrairement à la TV, les auditeurs sont plus concentrés, suivent davantage le démêlé de l’action car leur attention n’est focalisée que sur l’audio, rien d’autre. La voix peut changer d’un coup, un son peut survenir sans prévenir !” Une idée partagée par Lucas Fois, des Minutes de l’horreur : “N’avoir que l’ouïe comme sens décuple tout : on est plus rapidement pris aux tripes, déstabilisé et en immersion dans l’histoire”. 

Les Minutes de l’Horreur

Les créateurs encouragent même à écouter leurs podcasts dans le noir, comme l’indique le titre du podcast cité plus haut. “Plus l’atmosphère sera ténébreuse, plus le podcast aura de l’effet.” Le duo Yop & UnDixGo a même créé un format exclusivement réservé à cet effet, le bien nommé Avant d’aller dormir : “à écouter confortablement les yeux fermés au fond de son lit… et sans regarder dessous”. 

Le parfait équilibre entre narration et frissons

Le podcast d’horreur s’invite dans tous les moments du quotidien, en fonction de ce que vous venez chercher. Plus que de faire peur, il vous permet aussi de vous cultiver. Le podcast Distorsion se considère d’ailleurs davantage comme un podcast d’histoire. Et Lucas Fois des Minutes de l’horreur explique que l’objectif de son podcast est bien “d’avoir peur, tout en se cultivant”. D’autant plus que la réalité est parfois bien plus effrayante que la fiction, comme nous l’avions déjà développé dans notre étude sur les podcasts de criminologie.

Il s’avère que le podcast d’horreur n’a pas besoin de faire appel à d’horribles cris stridents ou à des violons désaccordés pour trouver son audience. Les créateurs d’Avant d’aller dormir disent même avoir absolument cherché à ne pas abuser des procédés habituels de l’épouvante.

Nous privilégions l’imagination, et l’ambiance musicale pour mettre en conditions et effrayer les auditeurs. Nous ne voulions pas tomber dans la facilité en utilisant des bruitages ou des sons qui fassent sursauter (screamer, jumpscare, etc…)

Yop & UnDixGo, créateurs d’Avant d’aller dormir

En s’appuyant sur le pouvoir de la narration, le podcast d’horreur parvient à exploiter ce qu’il y a de réconfortant dans la peur. 

Bien-sûr qu’il est essentiel de vouloir effrayer son audience par le ton, les extraits, mais surtout avec la musique en fond sonore. Mais encore une fois le but n’est pas seulement de faire peur mais de cultiver, d’informer et de raconter une histoire d’une façon différente des médias traditionnels.

Lucas Fois, créateur des Minutes de l’horreur

Alors que les podcasts d’horreur n’ont aucun mal à trouver leur audience, ils sont pourtant encore relativement minoritaires en France. Il faut traverser l’Atlantique pour trouver au Québec plus de contenus horrifiques. Peut-être que la période ne prête pas à la consommation de contenus qui de l’extérieur pourraient être qualifiés d’anxiogène. Pourtant, les podcasts dits d’horreur partagent le même objectif que l’ensemble des podcasts : faire voyager, se changer les idées, apprendre de nouvelles choses et ouvrir des portes d’imaginaire que l’on n’aurait pas pensé à explorer. Et il est évident que nous avons plus que jamais besoin du travail de tous ces créateurs.

Merci aux podcasteurs cités dans l’article d’avoir répondu à nos questions !

Pour lire l'intégralité de l'article : cliquez ici
Paul Decherf
par Paul Decherf
12.11.2020
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