La gêne occasionnée, François’s Big Audio Dynamite

Si François Bégaudeau est principalement connu pour l’adaptation filmée de son roman “Entre les murs” qui lui a valu une Palme d’or en 2008 puis un César en 2009, ce qui caractérise le bonhomme est plutôt une furieuse envie de ne pas rester enfermé dans un seul format.

Insatiable touche à tout (ça doit être une formule interdite mais je suis pas journaliste), celui qui fut chanteur et parolier du groupe punk rock Zabriskie Point est passé par l’écriture de romans, de pièces de théâtre, de critiques littéraires, cinéma, musique, sport dans différents journaux qui vont du Monde aux Cahiers du cinéma en passant par Transfuge dont il fut éjecté suite à la parution d’une acerbe “Histoire de ta bêtise” qui flingue en les tutoyant différents types de bourgeois modernes enfermés dans une protection maladive d’un système libéral qui leur garantit leur place douillette, ce, au détriment de millions d’autres. Spoiler, c’est mal passé. 

Car oui, s’il peut-être catalogué anarcho-marxiste il serait plus honnête de le qualifier plus simplement de “sans concession”. Après tout, chacun vomit devant sa porte comme disait un ami punk. Verbe haut et arguments affutés, il est logique que cet indépendant explorateur de multiples formes d’expression atterrisse dans le nouveau monde chatoyant du podcast pour y déployer sa pensée sur un sujet qui lui est cher: le cinéma. Liberté à l’auditeur/auditrice d’adhérer à ses propos, ou pas.

La gêne occasionnée est donc un podcast de critique ciné dans lequel – accompagné d’un homme toujours sans prénom depuis le premier épisode – François Bégaudeau déroule ses pensées et analyses sur un film récemment sorti.

La gêne occasionnée

Pour autant, il n’est pas question de défourailler à tout va. Et si le film présenté a fait l’unanimité pour ou contre lui, il est impossible de prédire la position qui sera prise à chaque épisode, c’est ça qui est drôle. C’est plutôt l’amour de l’art cinématographique sous tous ses aspects qui est le moteur de ces réflexions. Ce qui est généralement dénoncé est plutôt une culture de masse peu exigeante, comme un soleil vert cinématographique dont on gaverait inlassablement le public en recyclant ad nauseam les anonymes cadavres filmiques précédents déjà vite oubliés.

Les épisodes — qui vont d’une grosse demie heure pour les premiers à une bonne heure désormais — dissèquent les œuvres sous tous leurs aspects, du scénario aux intentions, du cadrage à la direction d’acteurs, tout y passe et le sens de chaque élément est abordé. Prendre le temps de se poser ces questions, c’est fou. On flirte souvent avec la philosophie et c’est pour mieux souligner la portée, la beauté et l’importance émotionnelle que peut apporter un film. Autrement dit, dès que c’est un peu de traviole, ça fout tout par terre et c’est pas très malin quand on vous a donné les moyens de fabriquer un truc pareil. Il n’est pas donné à tout le monde d’avoir ce recul intellectuel sur ses consommations culturelles et j’avoue que je prends un plaisir non dissimulé à réviser mon propre jugement, mollement favorable, sur une oeuvre largement plébiscitée et me résigner à avoir fait partie d’un troupeau rassurant après qu’on m’ait expliqué ce que j’ai réellement vu. Oui, j’ai un niveau d’amour propre assez faible, ce qui me prévient de tout excès de fierté bornée.

Petit bonus interactivité pas dégueu, chaque fin d’épisode est consacrée aux questions des auditeurs et auditrices. En effet, le film qui sera analysé est annoncé sur les réseaux sociaux au cours du mois qui précède l’enregistrement. Chacun peut donc le visionner avant et proposer un avis ou une interrogation qui pourra être évoqué dans l’épisode dédié, c’est sympa.

Nul doute que quantité de poils seront hérissés à l’écoute, que des mots pas polis seront adressés au lecteur de podcast et j’envisage même quelques rage-quit, mais voilà, que voulez vous, j’aime beaucoup les cerveaux bien huilés, surtout quand ils sont capables d’expliquer au mien pourquoi il est un peu fainéant et qu’il ferait bien de se bouger le cul.

Dernière chose, pour info, quelques films traités qui pourraient éveiller votre curiosité : “Portrait de la jeune fille en feu”, “Joker”, “Chanson Douce”, “Les Misérables”, “Effacer l’historique”, “Énorme”, “Tenet”, “Drunk”, “Mank”…

Le podcast La gêne occasionnée

Thomas Crayon
par Thomas Crayon
12.01.2021
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